Lille et Roubaix: quelques souvenirs de juillet

On le sait, l’épidémie de corona reprend ces derniers jours de l’ampleur en Europe et le nombre de nouvelles contaminations est en hausse effrayante, exponentielle. Nous voilà reconfinés…, rien n’empêche en revanche de se remémorer les bons moments du début des vacances… Ce matin, je vous propose quelques souvenirs du mois de juillet où la vie représentait un fantôme de liberté: elle semblait moins dure et légèrement moins angoissante qu’aujourd’hui. Et surtout, les « clusters » épidemiques qui faisaient pourtant partie du quotidien étaient temporairement moins nombreux. La pseudo- sécurité.  

En période normale, non- épidemique, les idées ci- dessous font partie d’une recette 100% réussie pour profiter au maximum et de manière assez originale quand on est de passage à Lille. Quelque part, elles constituent un compte- rendu de l’accalmie estivale:    

« D’abord, si entre mardi et dimanche vous savez pas trop quoi faire dans l’après- midi, allez voir la Manufacture des Flandres, Musée de la Mémoire et de la Création Textile (métro ligne 2, descente à « Roubaix- Eurotéléport », ensuite par la Liane 3, arrêt « Fraternité ». Si vous vous décidez à marcher, la route sera assez longue et vous aurez très probablement besoin de Google Maps). 

Installé dans une ancienne usine de tissage Craye, ce lieu est un voyage insolite dans le temps. Le cadre industriel 100% brique, les hauteurs sous plafond, les espaces exorbitants vous plongent dans un univers qui est aujourd’hui en grande partie perdu. L’entreprise créée ici en 1914 se spécialisait dans la fabrication de tissus d’ameublement; dans les années ’60 elle était réputée pour ses tapis, ses velours, ses tissus jacquards et pour la production mécanique de tapisseries flamandes médiévales. Les collections présentées dans la salle des machines comportent toute une panoplie exceptionnelle de métiers à tisser. Parmi les spécimens- preuves en soi de l’évolution technique, vous verrez ici ceux qui sont actionnés à la main et qu’on utilisait à la maison au Moyen- Age, ceux qui servaient à fabriquer simultanément des rubans de 12 couleurs différentes ou bien qui sont de nos temps assistés par ordinateur… Des échantillons de tissus innovants, des matières commandées aujourd’hui par le ferroviaire prolongent l’ampleur de ce saut dans le futur. Les travailleurs du textile sont déjà devenus virtuels, de même que leur histoire: ils nous livrent leurs témoignages à partir d’écrans suspendus le long du mur, chacun étant propriétaire de son propre morceau (ultra spécialisé) du passé.

Quand j’ai vu de loin le coin dédié à l’exposition « Roubaix, Métamorphoses d’une ville textile », je me suis dit « mince, il y a là- bas très peu d’objets, presque uniquement des textes, j’aurai jamais le temps de les lire au cours d’une seule visite ». Créé à l’entrée de la Salle des Machines, il passe presque inaperçu à première vue. Puis, tout se passa de manière extrêmement rapide car ces écrits sont plus qu’intéressants. Accompagnés de photos, ils racontent l’aventure unique de la ville, ils jouent avec la forme du récit pour paraître encore plus authentiques. Tout commence à la fin du Moyen- Age quand les seigneurs décident de fonder un gros bourg « drapant », Pierre de Roubaix obtenant alors l’autorisation de Charles le Téméraire de faire « licitement draps de toutes laines ». Roubaix grandit lentement autour du château seigneurial, en passant par une longue période rurale: il est doté alors de 23 hameaux et d’environ 60 fermes. Mais c’est aussi un terrain d’innovation: le bourg entre en concurrence avec Lille, en se spécialisant dans le textile jusqu’à la révolution industrielle. La première machine à filer de 400 broches arrive à Roubaix en 1804 sur ordre d’Eugène Grimonprez. Elle est inventée en Angleterre pour le traitement du coton, s’appelle la « mule- jenny » et jette les bases de la filature industrielle. On reçoit ensuite en 1820 la première machine à vapeur, encore plus puissante et on commence à rajouter les métiers « à la Jacquard » qui mélangent les dessins et les fibres. En 1843 la mule automatique est introduite par Louis Motte Bossut. A partir de 1850, on se dirige vers la mécanisation du peignage de la laine et en 1870, on entame la mécanisation du tissage en faisant appel aux techniques toujours plus performantes.   

Les avancées technologiques donnent naissance aux premières usines à partir de 1828 et sont suivies d’une vraie croissance démographique, trois fois supérieure à celle de la capitale. L’envolée est foudroyante, comparable uniquement avec Manchester et Bradford, un autre centre lainier. On passe de 8 091 habitants en 1800 à 125 000 en 1900, quand Roubaix devient la dixième ville française. Elle se construit autour du textile: la plupart des habitants y participent et toutes les branches sont au fur et à mesure réunies dans la ville. Au début de la révolution, c’est-à-dire dans les années 1840, les fondateurs des usines sont fréquemment des descendants de propriétaires terriens et fermiers. L’industrie de l’étoffe détermine le développement frénétique roubaisien tout au long du 19ème siècle. En 1850, la ville jouit déjà d’une grande notoriété et est considérée comme la capitale des tissus façonnés. Roubaix est un fruit de l’âge d’or du capitalisme radieux: à tire d’aile, elle devient une usine en soi, un grand centre européen du textile. Et progressivement, la capitale mondiale de la laine. Son architecture est alors presque entièrement dominée par les besoins de son activité: après les fermes, quelques maisons près de l’église Saint- Martin et les bâtiments de l’époque préindustrielle (l’usine Delattre), arrivent les petits établissements (ex. la distillerie La Confiance) et les bâtiments en rez-de chaussée à sheds (ex. la Manufacture, la filature Cavrois- Mahieu ou l’usine de velours Motte). Les courées, forme du logement installée autour des usines prolifèrent et enfoncent les occupants dans la cohabitation forcée. Ces premières sont à l’époque souvent mal entretenues, équipées d’une pompe à eau/ d’un robinet, d’un tonneau collectant les eaux pluviales et des latrines partagées. Les maisons ouvrières, deuxième forme de logement populaire paraissent un peu plus confortables: elles sont alimentées en eau courante. On se lance par ailleurs dans la construction d’un canal, des banques, d’un hôtel de ville… Entre 1840 et 1870, Roubaix est en plein accroissement, malgré un manque criant d’urbanisme concerté. La ville ne se refuse rien: à partir de 1900, elle dispose également de grands magasins, d’hôtels modernes et d’un tramway alors que la partie sud est encore couverte de champs.  

Je m’approche de rares objets exposés dans cette partie, ce sont eux qui transmettent la mémoire: je regarde les briques, les carreaux de céramique. Certains morceaux brillent en noir profond, c’est bizarre, j’ai l’impression de toucher l’histoire. A la même période, de plus en plus d’édifices et de « châteaux de l’industrie » modifient le paysage urbain: l’énorme « usine monstre » de coton créée par Motte- Bossut (1843), la filature Wibaux- Florin (1895), le Conditionnement de la Chambre de Commerce (la Condition Publique) (1901) dédié à l’entreposage de cotons, soies et laines, l’usine de velours Motte (1903)… On veille à ce que ces bâtiments résistent au feu en ayant recours aux techniques spéciales de construction. Difficile à dire quel projet dépasse les autres sans équivoque mais en 1862, on construit la filature Motte- Bossut, l’une des plus remarquables parmi une cinquantaine de grandes usines de cette époque. Un nouveau type de bâtiments apparaît en parallèle. A la fin du 19ème siècle, les patrons du textile, négociants ou fabricants prospères se concentrent à l’ouest de la ville avec leurs beaux hôtels particuliers construits pour les familles Roussel, Motte, Tiberghien, Ternynck, Vanoutryve et Toulemonde. Ils les commandent notamment auprès d’Edouard Dupire et d’Alfred Bouvy, architectes. C’est à ce moment là, en 1880 que l’on construit dix- huit demeures dites du « rang des Drapiers » boulevard du Général de Gaulle. Les affaires fleurissent, on est à l’apogée industrielle de Roubaix. Les grands acteurs de cette épopée textile se transforment en une classe sociale supérieure, ils constituent la bourgeoisie roubaisienne. Les entreprises familiales sont à l’origine du patrimoine partagé entre les fils, les alliances entre les familles telles que les Lepoutre ou les Prouvost deviennent alors fréquentes. 

En un siècle, l’industrialisation accélère de manière incroyable, la consommation annuelle de charbon passant de 0 en 1810 à 7 200 000 tonnes en 1910, d’eau de 400 000 m3 en 1810 à 15 millions de m3 en 1910, le nombre d’établissements industriels de 15 en 1810 à 267 en 1910 et le nombre de machines à vapeur de 0 en 1810 à 295 en 1910. Mais qu’en est- il des ouvriers? Au début du 19ème, ces derniers travaillent dans des maison « à l’otil », c’est-à-dire sur les métiers de tissage manuels. Ils dépendent des marchands- fabricants qui achètent les matières premières et les distribuent ensuite aux journaliers et paysans. La part de la force ouvrière augmente avec la production: en 1810, 3500 ouvriers sont actifs mais en 1910 il y en a 60 000. En 1830 les besoins en main d’oeuvre dans des usines sont déjà importants, de plus en plus de tisserands ruraux, de femmes travaillant auparavant dans des mines et d’ouvriers du lin flamand plongé alors en déclin s’installent dans la ville. Entre 1850 et 1970, on fait recours aux employés étrangers. Plusieurs vagues conséquentes d’immigration en provenance de Belgique (la moitié de Roubaix est d’origine belge en 1875), Pologne, Italie, Portugal, Algérie, Maroc, Tunisie et d’Asie se suivent. Les conditions de vie sont pénibles à partir de 1840 et cet état dure pendant des décennies, il ne s’améliore qu’avec l’arrivée des machines. D’abord, les ouvriers s’installent dans les quartiers les plus modestes, ils exercent d’ailleurs dans la chaleur, l’humidité, le bruit et la poussière des fils, 13 à 14h par jour. Personne ne se soucie de la pollution de plus en plus envahissante, provoquée par des cheminées d’usines. Les enfants ne sont pas épargnés: ils travaillent dans les usines dans un contexte difficile et dangereux, par exemple dans les tissages pour réparer les fils cassés sous les machines en fonctionnement. Ils commencent très tôt, à l’âge de 6 ans et travaillent parfois plus de 15h par jour. Cette situation ne commence à changer qu’en 1841 où l’on instaure une interdiction de faire travailler les enfants de moins de 8 ans. En 1881 Jules Ferry décide de rendre l’école obligatoire et gratuite entre 6 et 13 ans. En 1880, une vague de grandes grèves commence et prépare le terrain pour le premier partir ouvrier en 1881 et les premières coopératives postulant le pain moins cher. Henri Carrette, un ancien ouvrier tisserand devient le premier maire socialiste de Roubaix en 1892. En 1904 la journée de travail est réduite à 10h et le salaire moyen d’un ouvrier est l’équivalent de 260 € par mois aujourd’hui. L’année 1919 est celle du premier congé maternité non payé et l’on instaure en 1936 les premiers congés payés. En 1943, une nouvelle avancée a lieu: désormais 1% des salaires sera consacré à la construction de logements pour les employés des usines.

Entre le début du 19ème et la Première Guerre mondiale, tout ce qui se construit à Roubaix est directement lié au textile. Des quartiers entiers sont modelés, comme celui de la filature Motte- Bossut (1843) ou de la filature Cavrois- Mahieu. Le Fort Frasez construit en 1838 concentre une 100 de maisons. A partir de 1860, on travaille sur le développement architectural et l’embellissement de la ville. Ces efforts passent par le captage des eaux de la Lys, l’aménagement du parc de Barbieux, de nouveaux boulevards et d’avenues, ex. l’avenue de l’Impératrice. De nouvelles résidences édifiées dans la partie sud- ouest et le long de nouveaux boulevards à partir de 1880 contribuent à cette image de prestige que l’on essaie d’attribuer à la ville. Très peu de bâtiments pré- industriels subsistent aux changements.       

Après la Première Guerre mondiale on essaie de diversifier le paysage urbain et d’améliorer les conditions de vie, en lançant aussi le projet HBM (« habitations à bon marché » décrites déjà dans la loi de 1912) dans le Nouveau Roubaix. Equipées en installations d’eau chaude, froide et d’électricité, elles s’inspirent de l’école moderne d’Amsterdam, d’influences anglo- normandes et d’Art déco. Sur le plan architectural, on entreprend aussi un nouveau plan d’extension et d’embellissement élaboré par Jacques Gréber en 1921. L’hégémonie de l’industrie ne faiblit pas: Roubaix héberge la Bourse mondiale de la laine jusqu’au 1928. Les laines du Pingouin de la Lainière de Roubaix déclenchent dans les années ’30 une nouvelle version de la distribution moderne, la franchise. Le succès global du textile est incontestable et son influence fulgurante.

Le génie des industriels repose non seulement dans l’évolution, l’adaptation et l’innovation constante mais se traduit aussi par les stratégies d’autofinancement et de réinvestissement. Tous ces piliers structurels agissant ensemble permettent le développement et le perfectionnement de la production textile pendant presque 2 siècles. Roubaix est une terre ouverte à l’international: ses patrons- industriels créent des comptoirs d’achat de matières premières et importent la laine d’Afrique du Sud, d’Argentine et d’Australie via Ostende en Belgique, plus tard par train (depuis 1942). Ils ne ménagent par leurs efforts car en parallèle de leur activité en France, ils ouvrent des filiales en Pologne, en Russie et exportent les produits en laine et coton vers tous les voisins frontaliers, la Grande Bretagne et les US.

L’industrie fait émerger plusieurs personnalités célèbres. Joseph Pollet (1806- 1879) est le créateur de la première filature mécanique de laine peignée « Joseph Pollet et fils ». Son fils, Charles Pollet renomme la société « Charles Pollet et fils- Filatures de la Redoute ». Son petit- fils, aussi Joseph Pollet invente le concept de la vente par correspondance en 1922 et crée le premier catalogue de vente à distance en 1928. Grâce à ses idées, Roubaix est pionnière dans la VPC et donne naissance à l’une des sociétés les plus mythiques du marché français. Aujourd’hui, La Redoute est tournée vers l’e- commerce et expédie 12 000 000 de colis par an.

Eugène Motte (1860- 1932), fils d’Alfred Motte- Grimonprez est un grand bâtisseur d’usines et se trouve à la tête du patrimoine industriel familial. Plus tard, il dirige un véritable empire industriel, devient Président de la Chambre de commerce de Roubaix- Tourcoing et maire. Il est à l’origine de construction du nouvel hôtel de ville et de l’achèvement de l’hôpital de la Fraternité.

Jean- Baptiste Lebas, un autre Roubaisien célèbre est maire et ministre du Travail entre 1936 et 1937. C’est lui qui établit les congés payés cités plus haut ainsi que la semaine des 40 heures.

Les innovations industrielles sont accompagnées de progrès entrepris dans d’autres domaines afin d’exprimer une vision complète de la ville moderne: l’hygiènisme, c’est-à- dire la théorie insistant sur la circulation de l’air et de la lumière naît de ces réflexions. Après la Première Guerre mondiale, près de 80% des enfants présentent des signes de tuberculose; l’épidémie fait des ravages notamment dans les familles ouvrières. Dans le souci de préserver la santé publique, on décide donc de construire l’hôpital de « la Fraternité » (1907), des dispensaires antituberculeux ainsi qu’un centre de cure. Une attention des plus en plus soutenue est portée aux vaccinations et à l’inspection médicale des enfants. L’année 1920 voit arriver un Plan de Sauvegarde des enfants qui est à l’origine du futur Centre sportif municipal. La colonie de vacances et l’école de plein air sont ensuite fondées en 1921 par Jean- Baptiste Lebas, maire et Léandre Dupré, son adjoint et médecin. Ce « sanatorium école » conçu pour soigner les enfants anémiques et tuberculeux fini par être intégré au Centre sportif municipal inauguré en 1931 et accueillant chaque année l’arrivée de « Paris- Roubaix ». En 1932, grâce à Albert Baert et toujours dans l’esprit de la mouvance hygiéniste innovante, on entame la construction de nouveaux bains municipaux rue des Champs. Depuis 2001, ils accueillent La Piscine, musée d’art et d’industrie André Diligent. L’école de plein air ferme en 1980, la colonie de vacances en 2012 pour sa part.       

En 1950, la région devient la super- héroïne de l’industrie textile: 60% des vêtements en laine portés en France sortent des manufactures de Roubaix et de Tourcoing. En 1953, on dénombre à Roubaix 323 cheminées dont 39 qui subsistèrent jusqu’à aujourd’hui. Roubaix est forte comme Catwoman et profondément changée dans tous ses aspects, elle constitue un patrimoine industriel exceptionnel en soi. Le boom économique semble alors éternel.  

Comme d’habitude, on s’y attendait pas, le bonheur semblait trop stable, l’ampleur et les signes matériels de la prospérité trop évidents. Mais, banalité, toute aventure a une fin. Le déclin commence avec la popularisation de nouvelles modes: on remplace progressivement le pantalon en tissu de laine par le jean. Aussitôt, le tricot devient moins prisé; l’industrie textile est désormais définie par les progrès techniques et ses capacités d’automatisation. En revanche, les grands immeubles français et européens s’y prêtant peu, ils refoulent l’avènement d’une nouvelle ère. Le secteur régresse déjà dans les années ’60 alors qu’une vraie crise éclate à Roubaix entre 1970 et 1980, arrive alors la phase de désindustrialisation. Elle est accompagnée de licenciements à grande échelle, de fermetures d’usines et de commerces, de grèves et de destruction sociale. On ferme en 1981 la filature Lepoutre, la Motte- Bossut en 1982. En 1962, l’industrie emploie encore 47 000 personnes, mais elle passe à moins de 12 000 en 1981, une énorme chute. De nombreux bâtiments industriels sont progressivement démolis, les commerces disparaissent rues de l’Epeule, de Lannoy, Grande Rue et avenue Jean- Baptiste Lebas. 

Toutefois, les premières reconversions commencent déjà dans les années ’80. On transforme le secteur de « l’îlot Crouy ». Les anciens locaux du négociant Tiberghien deviennent les ateliers d’artistes « Jouret », l’ancienne bonneterie Cavrois, un hôtel d’entreprises. L’ancien peignage Allart- Rousseau et Cie, des lofts, l’ancienne filature Toulemonde, une antenne universitaire ou bien plus tard, l’ancien tissage Roussel, les studios de danse pour les Ballets du Nord. Les anciens bains municipaux se reconvertissent de manière spectaculaire en musée d’art et d’industrie André Diligent, La Piscine. On lance en 1998 une campagne de protection Monuments historiques, puis en 2001, une Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP). En 2001 Roubaix devient par ailleurs l’un des premiers territoires industriels à recevoir le label « Ville d’art et d’histoire ». La Manufacture n’est pas le seul établissement faisant durer la mémoire textile de Roubaix. La Piscine, la Médiathèque de Roubaix ainsi que les Archives municipales contribuent à la rendre vivante. A part le Site patrimonial exceptionnellement riche (5 bâtiments inscrits au « Patrimoine du XXème siècle »), la ville compte de nos jours 44 monuments historiques, ex. les courées Dubar- Dekien et un site classé (le parc de Barbieux).

Aujourd’hui encore, quelques sièges sociaux d’entreprises textiles françaises mondialement connues se trouvent à Roubaix, dont celui de La Redoute, de Damart ou d’Okaïdi. Les 3 Suisses étaient installés ici il n’y a pas si longtemps.

Néanmoins, l’avenir est dans l’adaptation aux contraintes d’une nouvelle réalité globalisée. Une part de plus en plus importante de la vente, de la promotion et de la distribution se fait désormais en ligne. Très rarement, un seul atelier européen suffit pour assurer l’ensemble de la production d’une société textile contemporaine. Okaïdi est par exemple diffusée dans 65 pays et collabore avec de nombreux fournisseurs; sa zone d’approvisionnement s’étend de l’Asie jusqu’aux bassins méditerranéens. 

Grâce aux opportunités actuelles, on essaie de renouer avec la vieille tradition. Certes, le textile à Roubaix et dans ses alentours n’est plus du tout ce qu’il était en plein essor de la révolution industrielle du XIXème, l’ancien monde de la surpuissance est mort. Mais on recherche toujours ce même dynamisme, cette même ardeur en adaptant l’offre architecturale et le réseau de transports aux temps modernes. Le métro arrive en 1999. En 2012 à Tourcoing, afin d’exprimer l’engagement de toute une région pour dynamiser une filière textile d’avenir, voit le jour le CETI (Le Centre européen des Textiles innovants). Avec la Plaine Images, il fait partie d’un site d’excellence économique dédié également aux industries créatives, vecteurs de cultures contemporaines. Le CETI a entre autres pour but de concevoir les nouvelles matières, trouver de nouvelles applications, minimiser l’empreinte environnementale de la filière textile et de rendre accessibles les « smart technologies ». Chose remarquable: Le Centre se trouve de nos jours dans le Top 5 des centres techniques mondiaux ! Il s’inscrit dans le principe de Ville Renouvelée mené par la Métropole Européenne de Lille et consistant en une reconversion d’anciennes friches industrielles. Le projet vise le renouvellement urbain. Son échelle paraît importante et englobe 80 hectares partagés entre Roubaix, Tourcoing et Wattrelos, c’est-à-dire le Quartier de l’Union. L’héritage de l’étoffe reste au coeur du patrimoine régional.   

Le seul bémol de cette sortie à la Manufacture? Le trajet aller- retour depuis le métro vers le musée. En pleine journée, le quartier était TOTALEMENT vide, à part plusieurs groupes de mecs au regard menaçant, puis quelques ombres se cachant prudemment derrière les rideaux au rez- de- chaussée des immeubles rouge- orange. Le tout embrassé par des rafales chaudes de vent, soulevant des feuilles mortes, sèches comme de l’amadou. Je ne veux pas imaginer ce que ça donne tard le soir mais on remarque facilement que ce quartier nécessite encore énormément de travail de revitalisation. Y venir en voiture ou à plusieurs aurait sans doute été une meilleure idée.

La Manufacture est située au 29, avenue Julien Lagache, les visites guidées se font à 14h, 15h et 16h, il n’y a pas de visite libre et je vous conseille de vérifier toutes les infos actuelles ici. Le tarif plein est à 6€, le réduit à 4€. Ce lieu expose également des créations tout à fait contemporaines, en l’occurrence les broderies que vous pouvez voir ici, dans ma galerie de photos.  

Et voici ma deuxième proposition: les ateliers de céramique par Lana Ruellan à La Cofabrik de Lille au 1, rue Charles Delesalle. Vous trouverez ici tous les détails concernant les prix et formules. Le monde de la déco faite- main, tout ce qui rencontre aujourd’hui de plus en plus de succès sur Insta et compagnie, ce qu’on appelle exquisément « du homemade » m’a toujours fascinée. En même temps, je le craignais et l’évitais de loin toute mon enfance, en craignant la nouveauté, l’irréversibilité, la fragilité des éléments. Je privilégiais la littérature et l’écriture que l’on pouvait toujours modifier, corriger, façonner à l’infini à sa manière. Je me sentais puissante en fugacité d’idées et en pouvoir de mots. Et pourtant, cette semaine, une amie artiste m’a proposé de l’accompagner à un cours de modelage mené par Lana, une prof à la fois super sympa, intelligente, délicate et précise dans ses gestes, ses explications. J’y allais le coeur battant, en s’imaginant les techniques compliquées à devoir explorer et mettre en place en seulement 2 h et demi. 

Strier, barboter, mélanger les terres: les mots de base m’étaient complètement étrangers. Les élèves autour m’impressionnaient par leurs capacités de concentration et d’aptitudes pour le calcul de proportions. Par prudence, j’ai choisi de créer… attention… un ver de terre en chapeau…que je présente fièrement ici. 

Pourtant, la peur disparut vite afin de laisser la place à l’envoûtement par la matière ludique. Je suis sortie de cet atelier rassurée: il s’avère qu’avec beaucoup, beaucoup d’effort et de régularité, les choses physiques, concrètes et palpables sont elles aussi, possibles à apprendre. Aussi, ce qui m’attire davantage, ce sont les émails, le jeu entre le mat et le brillant, le diapré et le terne. Cette ambiance créative du « Thé de Fous » d’Alice au pays des merveilles… Vous souvenez- vous de la théière du Chapelier et de ses versions postérieures, tellement ancrées dans notre pop- culture, toutes plus dingues l’une que l’autre? Les formes « tout est faisable ». Les panoplies de couleurs, de personnages, de boursouflures et d’entonnoirs dédoublés, voire quadroublés? Eh bien, vous pouvez avoir tout ça en vous inscrivant en cours de Lana. J’ai hâte de peindre, puis de cuire mon ver de terre au prochain atelier.    

On se demande parfois comment bien sortir du confinement parisien passé dans des micro- apparts super chers au quatrième étage, mais sans forcément partir en fin fond de campagne ni faire de voyages exotiques. Ces derniers, il faut l’admettre, ont perdu pas mal de leur charme à cause du Covid. Je crois avoir trouvé ma solution personnelle et elle se trouve à Hellemmes, en banlieue lilloise. Quelques meilleurs amis en télétravail. Un petit bout de jardin bien calme, ultra- rempli de framboises, de courges Butternut, chou- kale Red Russian, fraises, cornichons et tomates Mikado; débordant de roses sauvages et de lilas. Pas mal de jardinage, y compris de A à Z, c’est-à-dire le semis selon les méthodes de culture appropriées à chaque espèce. 7 chats loufoques, dont 5 assignés en résidence permanente à notre maison. 6 variétés de miel différentes. Des cours de yoga en plein soleil dans l’herbe, au rythme de bruissements authentiques et non pas ceux provenant de YouTube. Ouf, je peux enfin respirer…, pour la première fois depuis 3 mois. Plein, plein de pain cuit- maison à la farine complète et aux graines de tournesol, plusieurs hectolitres de thé bio smoky à côté d’une grande assiette de tartiflette chaude le soir, par un temps pluvieux. Une semaine après, je me retrouve neuve, les batteries mentales sont pleinement rechargées. A refaire, dès que possible! 

PS. Sur les trajets Paris- Lille, les départs en cars réalisés par Flixbus sont une alternative intéressante au TGV. Il existe des promos à 18 € environ, l’aller- retour. Par contre, c’est une moins bonne idée si vous devez absolument arriver à un horaire précis: les bus sont souvent annulés et ensuite reportés pour plus tard. Dans ce cas, il vaut mieux réserver un train.

  • Pour cet article, je me suis largement inspirée de la brochure « Focus Roubaix, Métamorphoses d’une ville textile » Villes & Pays d’Art & d’Histoire  

Il s’agit bien évidemment de souvenirs. Les conseils ci- dessus ne s’appliquent pas à la période de circulation active de virus, telle que nous la vivons aujourd’hui. Suivez les consignes officielles des autorités médicales et restez chez vous.  

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